20/20, Années 2010, Black November, Ivan Jablonka, Témoignage

Laëtitia – Ivan Jablonka

laetitia-ou-la-fin-des-hommes-ivan-jablonka-couverture-livre.jpg

glitter_969ecc59e5

  • Titre: Laëtitia
  • Auteur: Ivan Jablonka
  • Date de publication: 2016
  • Langue française
  • Pages: 400
  • Genre: Témoignage
  • Maison d’édition: Seuil

glitter_2f6db95332Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s’est transformé en affaire d’État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du « présumé coupable», précipitant 8 000 magistrats dans la rue. Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille et les acteurs de l’enquête, avant d’assister au procès du meurtrier en 2015. Il a étudié le fait divers comme un objet d’histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. 

glitter_64ebd2bf87

Par quoi commencer? Ce livre va me marquer à vie. Ce livre est un chef-d’oeuvre.

L’auteur dresse un portrait touchant de cette jeune femme assassinée dans la fleur de l’âge le 18 janvier 2011. Ivan Jablonka, historien de formation, rend hommage à Laëtitia non pas en la couvrant de louanges mais simplement en la remettant au centre de sa propre histoire. L’histoire d’une infinité d’actes de maltraitance; atroces, crus et révoltants.

Ça c’est sûr, Laëtitia et sa soeur jumelle Jessica nées en 1992 n’ont pas eu la belle vie. Leurs parents, incapables d’élever des enfants (maladie mentale de la mère, petits vols répétés et condamnations du père) ont anéanti la chance des jumelles de pouvoir s’en sortir par l’instruction et l’éducation. Placées de foyers en foyers, elles pensent enfin trouver la paix à l’âge de 14 ans. Seulement, c’est après le meurtre de Laëtitia que la police découvre que le père d’accueil violait régulièrement ses petites protégées.

Alors l’auteur, très bien documenté (interviews de la soeur jumelle, des amis, de la famille…), nous fait suivre les dernières journées de Laëtitia à travers ses publications Facebook et les sms échangés avec ses amis et de son envie de s’en sortir, malgré quelques lettres à tendance suicidaire retrouvées dans sa chambre. Ce témoignage, qui n’est pas du tout un roman fictif, m’a retourné l’estomac. Parce que Laëtitia, cela aurait pu être moi au même âge. Cela aurait pu, mais ce n’est pas moi, car sa vie n’a été qu’un enchaînement de violences.

Comment ne pas s’insurger contre ce patriarcat qui a affaibli la jeune femme toute sa vie? Comment rester insensible à la triple violence sexuelle masculine connue depuis la plus tendre enfance? Celle de son père biologique envers sa mère biologique, celle de son père adoptif sur sa soeur jumelle et peut-être sur elle-même et enfin, celle, fatale, de ce gars paumé, drogué et récidiviste qu’elle rencontre par hasard un après-midi de janvier avant de mourir quelques heures plus tard.

L’auteur montre avec tendresse toutes les failles de cette jeune femme qui aura toujours connu le vide viscéral du manque d’amour. Ses énormes difficultés scolaires mais sa gentillesse et la volonté de s’en sortir, de devenir indépendante, de continuer à travailler. Ce vide, elle semblait le combler en multipliant les petits-amis. Comment ne pas penser qu’en se rendant au rendez-vous donné par ce trentenaire à la gueule défoncée, Laëtitia n’est pas allée d’elle-même se tester, donner à la vie la chance de la tuer, cette vie qui ne lui aura rien donné.

Laëtitia, tuée en pleine nuit, étranglée, découpée en plusieurs morceaux, retrouvée des semaines après… Une histoire qui déchaîne les passions et donnent du grain à moudre aux médias. L’auteur explique très bien le phénomène. Car oui, le problème, c’est que le meurtrier a déjà eu de nombreuses condamnations et a fait de nombreuses années de prison. Le pouvoir de l’époque a sauté sur l’occasion pour dénoncer le laxisme des magistrats qui semble encore plus coupable de ce meurtre que le meurtrier lui-même. S’en suit une grève importante de la magistrature… L’auteur a l’intelligence de nous montrer en quoi c’est bien l’État qui a failli à donner aux magistrats les moyens suffisants pour que cet individu ne soit plus en état de nuire…

Je vous laisse le passage de l’auteur à La Grande Librairie, si vous souhaitez aller plus loin. Je vous invite évidemment à entamer la lecture son témoignage.

glitter_a8d5562318

20/20

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s